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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 16:55

1938866880Aujourd´hui une interview un peu hors du commun. Voici l'interview de Jacques Tuset, nageur (classique) spécialiste de la nage en eau libre et du sauvetage côtier. C´est la diversité  de son expérience en milieu naturel qui m´a poussé à l´interviewer pour All Finswimming.

En 2002 il traverse la manche et reçoit le trophée Van Hooren (nageur ayant réussi dans les plus mauvaises conditions !). Il a également été le 1er français à traverser le Detroit de Gibraltar en 2004. Enfin en 2005, Jacques s´illustre en NAP puisqu´il finit 2ème aux championnats de France de longue distance sur le 20km. Jacques est licencié à la Palme sétoise.

A noter que Jacques a également un blog http://waterplouf.midiblogs.com/ et un site officiel http://jacques.tuset.free.fr/ que je vous incite à visiter.

Photo @ http://waterplouf.midiblogs.com/

 

AF : Salut Jacques. Peux-tu tout d'abord te présenter ? Comment as-tu commencé la NAP ?

Bonjour, j’ai 47 ans, je travaille à la SNCF et j’habite à Montpellier. Je suis président d’un club de sauvetage à Montpellier (Aqualove Sauvetage ; 2ème club français en 2010). Je nage en natation au Club de Montpellier (MANUC) et en palmes avec le club de la Palme Sétoise (LPS).

J’ai participé à ma première épreuve d’eau libre (sans palmes) en 1972 et depuis j’ai effectué plus de 300 épreuves en milieu naturel (eau libre, palmes ou sauvetage)

J’ai débuté la NAP en 2002. Dans le but de préparer le projet de traverser la Manche (en maillot) je décide de m’inscrire aux 3 heures de la traversée de Sète. Elle se situe au bon moment dans ma préparation annuelle. Pour cela, je me licencie en début d’année au club de Pessac (Gironde) où mon ami François qui prépare également la Manche est inscrit. J´ai alors effectué cette traversée en maillot car la température était de 14,5 C et avec mes 2 petites palmes de type « Zoomer ».

 

AF : Tu pratiques également d´autres disciplines. Qu´aimes-tu dans la NAP que tu ne trouves déjà dans la natation ou le sauvetage?

Après cette expérience, je décide d’ouvrir mon champ d’épreuves de longue distance et me lance dans la nage avec palmes. La natation en eau libre (en maillot) ne se pratique généralement que de juin à septembre. L’avantage de la nage avec palmes c’est qu’il est possible de nager en milieu naturel toute l’année. En plus le fait de nager avec des bi-palmes me permet de garder mes sensations de nageur tout restant en dehors de l’espace banalisé des piscines généralement bondées l’hiver. C’était donc un complément pour un passionné de nage en milieu naturel.

 

AF : De combien d'heures par semaine est composé ton entraînement ? Quand et comment commences-tu une préparation spécifique au milieu naturel ?

Dire combien je nage par semaine, ne correspondrait pas à ce que l’on attend d’un jeune nageur.

J’ai un passif qui me permet de m’entraîner moins qu’un débutant. Je ne nage que 3 fois par semaine (1h30) l’hiver et à l’approche d’un marathon 5 fois par semaine (là, la durée varie en fonction de l’objectif et de l’entraînement programmé).

J’ai la chance d’habiter à côté de la mer et mon bassin d’entraînement est la méditerranée. Toute l’année j’essaie de faire des sorties en milieu naturel. L’hiver au moins une à deux fois dans le mois. Mais à partir d’avril, c’est une sortie par semaine. En nage libre, comme nous nageons en maillot de bain, il faut s’accoutumer à l’eau froide (La Manche fait 15°C) ce que je fais progressivement.

A force de persévérance, en Avril, je suis capable de nager plus de 6 heures dans une eau à 15°C.

 

AF : A quoi ressemble ton repas avant une traversée de 12 heures ou plus ? Quels types de ravitaillement privilégies-tu pendant la course?

En ce qui me concerne, j’ai pris 10kg pour la Manche. Ce qui suit n’est pas à prendre en exemple mais pour moi cela convenait très bien. Mon régime d’avant Manche se résume en grande partie : « Chips, camembert, pate à tartiner au chocolat noisettes » Un régime à faire bondir tout bon diététicien. Mais quand on veut faire la Manche ou nager en eau froide, c’est du gras qu’il faut prendre et non du muscle. La semaine qui précède correspond généralement au même repas que tout sportif d’endurance. Une accumulation de sucre lent.

Un ravitaillement rapide et bien planifié pendant l’épreuve peut faire la différence à l’arrivée. Pour ma part, je prends un ravitaillement toutes les 30mn pendant les 3 premières heures puis je passe à un ravitaillement toutes les 20mn les trois heures suivantes. Ensuite c’est toutes les 15 minutes que je m’arrête pour me ravitailler. L’essentiel de mon ravitaillement est à base de produits énergétiques que l’on trouve en commerce. Je privilégie des produits à dominante sucres lents (Maltose) par rapport aux sucres rapides (fructose). Il faut toujours essayer son ravitaillement lors des entraînements pour voir si on le supporte. La digestion se faisant au bout de trois heures, il faut le tester sur des entraînement supérieurs à 3 heures. Les ravitaillements varient en fonction du goût des nageurs. Pour ma part, ma boisson énergétique que je supporte est à la menthe et en guise de repas je prends une boisson chocolatée riche en protéine.

 

AF : Tu as traversé la Manche dans de très mauvaises conditions. Peux-tu décrire en quoi cela t´a usé psychologiquement et physiquement et comment tu es arrivé à y faire face ?

Le premier cap à passer a été celui des 5 - 6 heures, j´ai souffert de nausées et du froid, j´étais en plus en phase de digestion des premiers ravitaillements. J´ai été obligé d’en sauter quelques uns pour éviter de charger mon ventre. C’était un passage obligé et il a fallu se dire mentalement que cela devait passer et effectivement cela a été le cas.

Le deuxième passage où mentalement j’en ai pris un coup c’est lorsque qu’au bout de 7heures j´ai vu les ferries qui continuaient à se croiser près de moi et du mauvais côté par rapport à l’endroit où je devais me situer à cet instant de la traversée. Je ne distinguais toujours pas les côtes françaises.  Mon accompagnateur à cet instant a su m´aider à positiver la situation et m’encourager, à réaliser que c’était maintenant qu’il ne fallait pas craquer. Mentalement, j´ai alors su que je ne nagerai jamais en moins de 10 heures. A partir de ce moment, l’objectif était donc de tourner les bras jusqu’à la terre ferme. Tant pis pour le chrono. Tant que physiquement cela tournait, je continuais à nager…

La Manche a mis sur mon chemin tout ce qu’elle pouvait m’offrir lors de ces 33 kms, et après 12h40 de lutte contre les vagues, le vent, les marées, les méduses, les ferries, le mazout et le froid, j’ai touché enfin le sol français. Mon objectif de battre le record français que je m’étais fixé avant le départ n'a pas été atteint mais vu les conditions météorologiques que j’ai dû affronter, c'était de toute manière irréalisable. Tout ceux qui sont partis le même jour que moi ont abandonné. Selon moi, pour réussir un tel défi, il faut compter 75% de mental et 25% de physique.

 

AF : Cette année, tu as accompagné Philippe Croizon dans sa préparation de la traversée de la manche. Ton expérience de la nage avec palmes lui a t´elle été bénéfique ?

Philippe a mis deux ans pour se préparer, il est parti de zéro. Son entraîneur Valérie Carbonel a fait un très gros boulot avec lui. Pour ma part je n’ai apporté que quelques conseils liés à mon expérience. Nous avons fait quelques réglages en mars lorsqu’il est venu me voir. Entre autre sur sa façon de nager et d’utiliser ses palmes. D’autre part avec son handicap et la durée de l’effort, ses palmes étaient trop rigides. Pour un tel effort, je lui ai conseillé d´opter pour des palmes souples.

J’ai ensuite vécu avec Philippe de grands moments au court du séjour en Angleterre et sa traversée fut une grande aventure. La dernière heure de sa traversée restera un moment inoubliable pour moi et pour lui, puisque je l´ai rejoint dans l´eau afin de le guider pour passer la dernière barrière de courant à temps.

 

AF : Que conseillerais-tu à un nageur voulant se tenter pour la première fois dans une épreuve de longue distance en milieu naturel (en général, puis plus particulièrement en NAP)?

Déjà qu’il le fasse pour se faire plaisir et que ce soit lui qui prenne l’initiative. Après petit à petit il prendra de l’expérience au fur et à mesure des courses.

Si j’ai un conseil important à donner lorsque l’on se lance en longue distance (avec ou sans palmes) c’est le repérage. Rien ne sert de nager vite, si on prend une mauvaise trajectoire, la victoire peut facilement nous échapper. Il est difficile de repérer une bouée en pleine mer. Une mouette sur l’eau peut être confondue avec une bouée. Il est donc nécessaire de visualiser à l’avance le parcours et de prendre comme repère des éléments fixes faciles à voir, assez hauts et distincts de loin (tour, cheminée d’usine, pic rocheux…), sur les berges ou les rivages. Un conseil qui a son importance, lorsque la mer est agitée, il faut toujours chercher ces repères lorsque l’on est sur la cime de la vague. Dans le creux, on lève la tête pour rien.

 

AF : Quelle est ta compétition de NAP favorite ?

Bien entendu, ma compétition favorite de NAP restera celle des 3 heures de Sète. Elle a lieu le dernier week-end d’avril. Il y en a pour tout le monde, du novice au confirmé. Plusieurs distances sont proposées (1500, 3000, 6000 et 3h). Et en plus vous êtes accueillis par un passionné de nage avec palmes : Jean-Marie Briard.

 

AF : Quel est ton meilleur souvenir de traversée et/ou de NAP?

Mon meilleur souvenir a lieu à Hawaii en 1999 lors d’une course de 3km. Nous plongeons dans l’eau tempérée et bleue turquoise de Waikiki pour le départ. Je nage au côté d’une nageuse Fidjienne quand tout à coup, après avoir parcouru un kilomètre, un groupe de dauphins se met à nous encadrer et nager avec nous ! Nous parcourons ainsi plus de 300 m en nageant en parfaite harmonie avec les cétacés. La fille qui nous accompagne en kayak pour la sécurité nous fait des signes pour nous dire que c’est génial. Arrivés à la bouée de contournement, il nous faut tourner et nos chemins se séparent. Ce très court instant qui dura un peu plus de 5mn fût un moment merveilleux où la compétition passa au second plan. Pendant le retour vers la ligne d’arrivée, j’espère revivre ce moment magique et, à défaut de dauphins, je peux admirer des raies et des tortues de mer qui évoluent à mi-profondeur. A l’arrivée, mon classement importe peu, la seule chose qui m’intéresse, c’est de raconter tout cela à ma femme qui m’attend et m’encourage sur le sable fin.

 

AF : Et quel est le plus mauvais?

Après avoir participé à la traversée de Sète avec palmes en 2002, je décide de m’inscrire au club de La Palme Sétoise. Là, le président Jean Marie, nous a fourni des bi palmes appropriées à ce genre de discipline ainsi qu’un tuba frontal. Je mets donc mes « Zoomers » de ma première traversée de Sète au placard et j’ai une semaine pour faire des essais avec mon nouveau matériel, car nous nous sommes inscrits à la traversée de 20km dans le lac du Bourget. Pour ce qui est des palmes, pas trop de difficultés, mais pour ce qui est du tuba ce n’est pas évident et je ressorts de l’eau avec les sinus remplis d’eau. Je pars vers le Bourget après avoir pris soin de m’acheter un pince nez et en me disant que normalement tout doit bien se passer.

Après avoir effectué la traversée avec ce nouveau matériel, je termine 2ème de cette épreuve et assez content pour ce premier essai.

La grosse surprise va être en enlevant mes palmes. Mes pieds sont en sang et c’est assez horrible à voir. Que c’est-il passé ? Là j’apprends que j’aurais du mettre des chaussons ou de la graisse pour me protéger. D’accord, mais c’est un peu tard pour me donner l’info ! ! ! Je vais avoir du mal à marcher pendant 15 jours. En tous les cas cela m’a servi de leçon et je mets maintenant des chaussons, un bandage ET de la graisse. Malgré tout, lorsque j’enlève mes palmes, j’ai toujours une appréhension de voir ce que je vais découvrir.

 

AF : Maintenant, quels sont tes objectifs pour la saison à venir (toutes disciplines confondues)?

Mon objectif est de participer au moins une fois à tous les marathons et raids en Europe. Le raid programmé pour 2011 est de relier Jersey à la France sur une distance de 26km. J’ai prévu également des marathons en Grèce, Italie et dans les pays de l’est.

 

LBO : A noter que depuis cette interview, Jacques projette de se lancer sur l’« Ocean 7 », l´équivalent en nage des 7 sommets des alpinistes (http://www.10kswim.com/oceansSeven.html)

 

AF : Que penses-tu de l'avenir de la NAP  en France et dans le monde ?

Pour ma part, je suis déçu que le 20km soit passé à 15km.

Sans palmes, la plus longue distance d’un championnat de France est le 25km. Je pense qu’en palme 20km est un minimum.

D’autre part je croise de plus en plus de nageurs en bi-palmes, cela aurait été bien de faire un classement à part. Il s’agit de deux styles de nage différents et cela augmenterait peut être le nombre de participants et de licenciés. Tout le monde ne peut pas nager en mono. Pour ma part j’ai une jambe plus longue et donc cela m’entraîne des douleurs au dos. Je pense qu’il y a une réflexion à avoir sur le sujet…

 

AF : Veux-tu ajouter quelque chose pour conclure cette interview ?

Mon grand regret en nage avec palmes, c’est que l’épreuve des 100km de la Loire n’existe plus. Si quelqu’un voulait bien la relancer, je suis partant…

 

AF : Merci Jacques pour tes réponses et bonne continuation.

 

Interview par Leila Bonichon

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Published by Leila - dans Interviews
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commentaires

Julien (CNHC) 08/12/2010 19:39



Je suis d'accord avec toi jacques, je trouve dommage le fait de passer d'un 20 km à un 15 km. Je trouve que cela change totalement la course. Personnellement je regrette. En tout cas
félicitations pour tes traversées, cela doit être des moments incroyables à vivre que de se retrouver seul face à la nature et de devoir avancer. (Un nageur de 20 km depuis 2006)



Bertrand ARSENE 07/12/2010 20:52



Félicitations pour ce parcours et l'exemple pour les autres nageurs .


Signé un passionné du 20 bornes qui a malheureusement fait un break .... Peut-être a un de ces jours sur un parcours LD ...